
L’association Bretagne réunie profite du débat sur la réforme des collectivités territoriales pour porter le fer. C’est de bonne guerre, même si l’opération est politiquement délicate. En novembre 2008, Sarkozy avait jeté un pavé, en se demandant dans quelle région se trouvait Nantes et l’onde s’est propagée pendant un an dans notre petite mare régionale. Les militants de la réunification, pragmatiques, s’adressent désormais directement au président. Mais toutes les grandes villes, départements et régions concernées sont gouvernées à gauche. Le petit jeu de l’UMP, aujourd’hui, consiste à tailler des brèches dans le mur socialiste. Je vous garantis que si la droite remporte la région des Pays de la Loire, au printemps prochain, l’Élysée ne parlera plus de la Loire-Atlantique en Bretagne. Le jeu est donc dangereux. D’autant plus qu’à lire la liste des 100 premiers signataires de Bretagne réunie, on trouve beaucoup de patrons d’entreprises, mais pas seul représentant du monde syndical ou social, et pas de mouvement engagé à gauche.
Ce que j’en pense, sur le fond ? Notre micro-rédaction de Vu de Nantes est assez emblématique. Emmanuel Guimard est un Nantais de souche vendéenne. Il a ses racines dans le bocage et a fini par l’assumer (sic). De mon côté, vous avez un bas-breton attaché au pays et sa culture au point de fréquenter Diwan et d’apprendre le breton. Nantes peut être vécue à la mode bretonne sans difficulté. Si la frontière se déplaçait de 100 kilomètres au sud, rien ne changerait pour moi. Mon seul argument pour la Loire-Atlantique en Bretagne est affectif. Je ne perçois aucun avantage pour les citoyens à changer la donne. Ni économique, ni social, ni démocratique. Sauf si on se place dans la perspective d’une plus grande autonomie des régions (façon espagnole, britannique ou allemande). Et là n’est pas le débat posé par la réforme des collectivités territoriales.
Souvent confronté à de vibrants militants de la réunification, je leur réponds que le sujet me laisse froid. Pourquoi ne pas mettre leur énergie à combattre la pollution des rivières bretonnes, la laideur des zones commerciales au bord de la N 165, ou la misère intellectuelle dans les cités pavillonnaires de Rennes et Nantes ? On me dit qu’il y aurait plus de trains entre Nantes et Rennes. Cela signifie-t-il qu’il y en aurait moins entre Nantes et Angers ? Allons donc, et pourquoi ne pas réclamer plutôt plus de trains interrégionaux ?
En revanche, la ville de Nantes, dans ses ambitions mégalomaniaques de métropole européenne, aurait tout à gagner une intégration à la Bretagne. Il faudra bien se faire une raison, la cité des ducs ne sera jamais au centre géographique d’une région. Autant s’appuyer sur un territoire ayant une histoire, une identité et une visibilité internationale.
S’il y a demain un référendum sur la Loire-Atlantique en Bretagne, je voterai oui, de cœur. À condition que le débat ne soit pas pollué – c’est souvent le cas - par des relents nationalistes ou ultralibéraux.
« Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau / Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau » (Brassens)
Y. P.
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