5 février 2010

Esclavage et solidarité, une histoire de pourcentage ?


«10% de la population mondiale est encore réduite à la situation d’esclave ». La phrase Marie-Hélène Jouzeau, directrice du patrimoine à la Ville (citée dans Ouest-France de ce vendredi 5 février) invite à considérer le futur mémorial de l’esclavage bientôt construit sur les quais de Loire comme un instrument de lutte contre l’esclavage moderne. Marie-Hélène Jouzeau fait référence à l’estimation du Bureau international du travail selon laquelle de 250 millions d’enfants sont mis au travail dont plus d’un quart dans des situations dangereuses. S’y ajoute l’exploitation sexuelle ou commerciale de personnes vulnérables. Mais Nantes métropole présente le futur monument surtout comme « parcours commémoratif ». Le cœur du sujet sera e rôle qu’a joué Nantes dans la traite négrière, non pas l’esclavage moderne. La conseillère municipale d’opposition, Sophie Jozan proteste contre le coût de ce mémorial (6,9 millions d’euros) comparé aux besoins actuels d’Haïti. La majorité municipale a rétorqué avec hauteur qu’il ne fallait pas opposer le devoir de mémoire et la solidarité, en rappelant qu’elle avait débloqué … 100 000 euros pour Haïti. Qui a envie de calculer le pourcentage ? Et la Ville d’assurer qu’elle soutient les associations nantaises qui aidaient Haïti à se reconstruire, « en agissant concrètement mais sans arrogance ». On aimerait bien croire qu’il n’y a pas la moindre arrogance à dépenser près de 7 millions d’euros dans un monument de prestige. D’un autre côté, les protestations de Sophie Jozan sonneraient plus justes si son parti ne défendait pas les expulsions massives de réfugiés économiques, une politique antisolidaire qui, elle aussi, coûte des millions au contribuable.

1 février 2010

« Big Sky »


Avant Noël, Nantes a congédié son urbaniste vedette Alexandre Chemetoff, pour divergences de vue, avec pour point d'orgue, le transfert du CHU sur l'île. La collectivité a peut être estimé qu'elle avait trop laissé la bride sur le cou de l'homme de l'art et que le politique devait reprendre le dessus. L'intéressé a expliqué dans la presse que l'on ne pouvait pas découper une tranche de l'île, comme une côtelette, sans vision d'ensemble. Le communiqué de presse de la Samoa (Sem chargée de l'aménagement de l'île de Nantes) lui a répondu en donnant au passage le montant des honoraires de l'urbaniste : 10 millions d'euros sur dix ans. Est-ce trop ? Est-ce normal ? Difficile de juger, de même que le bilan de son travail. A défaut de bilan officiel, chacun peut apprécier la transformation. Celui qui revisite l'île après 5 ans d'absence, sera surpris de l'évolution des lieux, surtout la pointe Ouest de l'île. On peut critiquer le caractère ultra-minéral, un respect fétichiste des reliques de l'industrie (grues, hangars…), l'école d'architecture la plus moche d'Europe, ou l'absence de commerces. En fait, ce n'est pas vraiment un morceau de ville mais un quartier d'activités avec des d'attractions touristiques. Côté qualités, il y a l'espace. « Le vide c'est important dans une ville. Il y a un espace vacant de 400 mètres entre les nefs et le quai de la Fosse, ce qui offre une grande quantité de ciel », expliquait Alexandre Chemetoff lors d'une visite de l'île de Nantes. Vrai et archi-vrai. Et c'est la plus grande qualité du projet.

30 janvier 2010

Une soirée avec Petra von Kant


Qu’est ce qui fait que Petra von Kant reste une actrice qui s’agite sur un plateau plutôt qu’un personnage dont les sentiments résonnent en nous ? Mon amie a été touchée par la détresse de l’amoureuse délaissée. J’en étais à me triturer la cervelle à chercher pourquoi Fassbinder avait préféré un personnage de femme dans cette situation où la riche et dominatrice Petra déchire son image et ses certitudes, par passion amoureuse. Autrement dit, je n’étais pas dans la pièce ! «C’est vraiment féminin». Mon amie a répondu à la question, mais à ce moment-là, je me disais que c’était à cause de la façon de jouer réaliste que j’étais resté face à un décor. Ça vaut vraiment le coup, quand même, grâce aux six actrices, excellentes, mais ne faites pas comme moi, soyez dans le tempo !

La Compagnie du Loup, du metteur en scène nantais Yvon Lapous, tient l’affiche de la chapelle du grand T, avec Les Larmes amères de Petra Von Kant (de Fassbinder), depuis le 20 janvier et encore jusqu’au 4 février.

29 janvier 2010

Makoto Ozone délire avec Chopin


Dès les trois premières notes, on comprend que ce pianiste à l’allure trop tranquille va nous conduire sur une autre planète. Makoto Ozone jouait à la Folle Journée de Nantes, jeudi, en toute fin de soirée, devant une audience clairsemée, des improvisations sur des thèmes de Chopin. Le jeune prodige a emmenés son monde dans un pays sans frontières esthétiques, là où les sonates prennent des accents ragtime et les mazurkas flirtent avec le rock’n roll. De quoi faire fondre tous ceux que le classique laisse de glace.