
«10% de la population mondiale est encore réduite à la situation d’esclave ». La phrase Marie-Hélène Jouzeau, directrice du patrimoine à la Ville (citée dans Ouest-France de ce vendredi 5 février) invite à considérer le futur mémorial de l’esclavage bientôt construit sur les quais de Loire comme un instrument de lutte contre l’esclavage moderne. Marie-Hélène Jouzeau fait référence à l’estimation du Bureau international du travail selon laquelle de 250 millions d’enfants sont mis au travail dont plus d’un quart dans des situations dangereuses. S’y ajoute l’exploitation sexuelle ou commerciale de personnes vulnérables. Mais Nantes métropole présente le futur monument surtout comme « parcours commémoratif ». Le cœur du sujet sera e rôle qu’a joué Nantes dans la traite négrière, non pas l’esclavage moderne. La conseillère municipale d’opposition, Sophie Jozan proteste contre le coût de ce mémorial (6,9 millions d’euros) comparé aux besoins actuels d’Haïti. La majorité municipale a rétorqué avec hauteur qu’il ne fallait pas opposer le devoir de mémoire et la solidarité, en rappelant qu’elle avait débloqué … 100 000 euros pour Haïti. Qui a envie de calculer le pourcentage ? Et la Ville d’assurer qu’elle soutient les associations nantaises qui aidaient Haïti à se reconstruire, « en agissant concrètement mais sans arrogance ». On aimerait bien croire qu’il n’y a pas la moindre arrogance à dépenser près de 7 millions d’euros dans un monument de prestige. D’un autre côté, les protestations de Sophie Jozan sonneraient plus justes si son parti ne défendait pas les expulsions massives de réfugiés économiques, une politique antisolidaire qui, elle aussi, coûte des millions au contribuable.

